GROUPE DE L'INDÉPENDANCE DE L'AMÉRIQUE

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Origine et date: 
Manufacture de Niderviller, vers 1780-1785

GROUPE DE L'INDÉPENDANCE DE L'AMÉRIQUE

 

Un évènement historique fondateur
Ce groupe en biscuit de porcelaine illustre un événement incontournable de l’histoire franco-américaine : le soutien français aux Insurgents américains. En effet, au début de l'année 1778, Louis XVI décide de reconnaître et de participer à la guerre d'Indépendance américaine, afin de prendre sa revanche sur l’Angleterre à qui la France a dû céder la Nouvelle-France par le traité de Paris de 1763. Par un premier accord, les deux pays s'engagent à entretenir des relations commerciales, puis par un second traité, ils concluent une alliance défensive. Afin de lui remettre ces deux documents, le roi Louis XVI reçoit Benjamin Franklin dans la galerie des glaces du château de Versailles. Après avoir attendu dans le salon de l’Œil-de-bœuf, Franklin est introduit dans la grande chambre du Roi, où Louis XVI lui remet un mot d’amitié destiné au Congrès et l’assurance d’envoyer une aide militaire importante : 6 000 hommes commandés par Rochambeau, une aide décisive qui contribue à la défaite anglaise de Yorktown en octobre 1781.
 
L’œuvre
Probablement modelé par Charles Gabriel Sauvage dit Lemire pour la manufacture Niderviller, ce groupe de l'Indépendance de l'Amérique montre Louis XVI, debout en armure sur une estrade, dans une attitude fière et noble remettant un document à Benjamin Franklin. La mise de ce dernier est d’une grande simplicité, comme le décrit Madame Campan dans ses Mémoires : « ses cheveux plats sans poudre, son chapeau rond, son habit de drap brun, le costume d'un cultivateur». Sur le document que lui tend Louis XVI est inscrit en lettres d'or : «Indépendance de l'Amérique et Liberté des mers».

Au pied des deux hommes, un tapis frangé retombe sur un piédestal rectangulaire, lui aussi en biscuit mais peint en brun, rosé et gris à l'imitation du marbre. Ce socle en matériau noble permet ainsi de présenter les figurines de biscuit comme une véritable sculpture. L’œuvre n’est pas signée de Lemire ou n’en porte pas la marque comme sur les autres exemplaires qui nous sont parvenus. La marque de la manufacture (ici sur le côté arrière gauche de la base dans un cartouche rectangulaire) prévalait alors sur la marque du maître d’atelier. Quant à la datation, à l’instar des autres tirages de ce groupe, et en vertu des données historiques, on ne peut que la placer entre 1782 et 1785.


Le contexte de production
Créée en 1735 par Anne-Marie André, veuve Défontaine, dame de Niderviller, la manufacture de Niverviller s’inscrit dans la grande tradition de la faïencerie lorraine aux côtés de celles de Pexonne, créée en 1719, ou de Lunéville en 1730. Elle est rachetée en 1748 par Jean-Louis Beyerlé, directeur de la monnaie à Strasbourg. Ce dernier embauche des ouvriers-faïenciers formés à Meissen afin d’accroître la renommée de son entreprise. Il doit pourtant la vendre en 1770 suite à l'arrêté royal du 15 février 1766 réservant le privilège de la porcelaine dure polychrome à la manufacture de Sèvres. Le nouvel acquéreur est alors Adam Philippe, comte de Custine de Sarreck (1740-1793). Ce dernier participe à partir du 8 mars 1780 à la Guerre d'Indépendance américaine, à la tête du Régiment de Saintonge dans l'armée du général Rochambeau. Il reçoit le 5 décembre 1781 une lettre de satisfaction à l'occasion de sa bonne conduite à la bataille de Yorktown, puis revient en France en avril 1782.

Malgré l’absence d’archives l’attestant, il semble donc logique que le comte de Custine lui-même soit à l’origine de cette commande à Lemire, son maître faïencier depuis 1779.

On notera également que ce lien franco-américain s’exprime dans une autre pièce produite par la manufacture : en effet en 1782, un service en porcelaine polychrome est offert par le comte de Custine à Georges Washington au Mount Vernon.