Mrs Warren Pershing par Bernard Boutet de Monvel

Mrs Warren Pershing par Bernard Boutet de Monvel

Mrs Warren Pershing par Bernard Boutet de Monvel

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Origine et date: 
Bernard Boutet de Monvel (1881-1949)
« MRS. WARREN PERSHING »,
huile sur toile, 1938
Signé en bas à gauche

Fin 1938- début 1939, Bernard Boutet de Monvel peint deux portraits : d’une part, Muriel Pershing, de profil sur fond de jardin d’inspiration orientale, dans lequel court un magnolia - inspiré d’un jardin de Fez peint en 1918-, et d’autre part son époux, Mr. Francis W. Pershing, devant un paysage de Wall Street (Musée franco américain, Blérancourt, MNB 92.10) .

Ce portrait, exemplaire de l’activité de portraitiste de l’artiste, a été peint à la fin des années 1930, à une époque où l’artiste a atteint la plénitude de ses moyens artistiques. La pose de profil n’est pas traditionnelle pour un artiste à qui il était demandé de représenter ses modèles de face et souvent en pied ou assis, mais dès 1937, Bernard Boutet de Monvel crée volontairement une série de portraits de profil pour laquelle il reprend certains anciens portraits afin de les modifier. Les motifs végétaux et les aplats relèvent quant à eux d’un style encore très inspiré du mouvement Arts déco.

Cette oeuvre a été acquise avec le soutien des Amis français de Blérancourt.

L’artiste :
Bernard Boutet de Monvel est un peintre, graveur, illustrateur, sculpteur et décorateur français, né le 9 août 1881 à Paris et mort le 28 octobre 1949 lors de l'accident du vol Paris-New York d'Air France aux Açores. Fils du peintre et illustrateur pour enfants Louis-Maurice Boutet de Monvel (1850-1913), il grandit entre Paris et Nemours, et devient l’élève du peintre Luc-Olivier Merson avant d’étudier la sculpture avec Jean Dampt (1854-1946).
Parallèlement à une importante activité d’aquafortiste, Bernard Boutet de Monvel pratique la peinture à l’huile, notamment comme portraitiste. Il expose au Salon de la Société nationale des beaux-arts dès 1903, ainsi qu’au Salon d’automne et au Salon des indépendants. À partir de 1907, alors que son talent est reconnu aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, il envoie régulièrement des œuvres aux expositions du Carnegie Institute de Pittsburgh (Pennsylvanie). Sa matière, dans un premier temps tortueuse et brutale, traitée en pleines pâtes vivement colorées et cernées d’ombres bleu marine devient pointilliste au début du XXème siècle. Reconnu pour ses talents de portraitiste, il expose, en février 1909, un tableau-manifeste intitulé Esquisse pour un portrait, pour la première fois travaillé à la règle et au compas, vision géométrique d’un dandy place de la Concorde. Cette peinture annonce les fondements de la peinture Art déco et de ce qui dorénavant sera jusqu’en 1926, la nouvelle manière de Bernard Boutet de Monvel. Sa pâte devient lors ferme et solide ; sa palette se réduit à quelques gris, à quelques terres et à beaucoup de noir ; la figure est traitée en aplat et saisie en contre-plongée pour en accentuer l’aspect monumental ; la ligne constituée de droites d’arcs de cercle s’épure à l’extrême afin que la figure soit réduite à l’essentiel (Comte Pierre de Quinsonas, 1913 ; André Dunoyer de Segonzac, 1914 ).
Parallèlement à sa carrière de peintre et de graveur , Bernard Boutet de Monvel livre des dessins d’illustration humoristiques, et particulièrement des dessins de mode à des revues comme Femina ou Jardin des modes nouvelles.  Le couturier Paul Poiret  s’assure, dès 1908, la collaboration du peintre qui est considéré, en raison de son goût irréprochable, comme le prince des dandys parisiens. La rencontre de Bernard Boutet de Monvel avec l'éditeur Lucien Vogel, lors d’un vernissage de ses œuvres à la galerie Henri Barbazanges en 1911, est à l’origine de sa collaboration à la Gazette du Bon Ton, dont le premier numéro parait en novembre 1912. Il devient également collaborateur du Journal des dames et des modes.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, en août 1914, Bernard Boutet de Monvel est appelé comme réserviste, et blessé lors de la bataille de la Marne. Puis il part en Orient et est basé à Salonique dans les forces aériennes. Il entreprend la création de l'album Les Mois de la guerre 1914-1918, qui ne sera finalement pas publié. Après plusieurs accidents d’avion et la disparition de plusieurs pilotes, Bernard Boutet de Monvel, dont le courage fut maintes fois salué, quitte la Macédoine en juin 1917, décoré de la Légion d’honneur et de cinq citations. Il demande à être affecté au Maroc et s’installe à Fez, où est basé la 551e escadrille. À la demande du général Lyautey, Résident général de France au Maroc, il produit de nombreuses toiles représentant la ville de Fez. Démobilisé en 1919, Bernard Boutet de Monvel laisse en un an et demi une vision singulière et puissante du Maroc qui influence son ami Jacques Majorelle.
De retour à Paris, Bernard Boutet de Monvel reprend sa carrière de peintre, particulièrement de portraitiste des sportsmen et des dandys, qui avait fait sa célébrité avant-guerre. Il peint ainsi le portrait du Prince Sixte de Bourbon-Parme (Salon de 1921) et le portrait de Georges-Marie Haardt (1924). Il reprend également sa collaboration avec la Gazette du Bon Ton et avec plusieurs magazines de mode, dont Vogue, avant de travailler pour Harper's Bazar en 1925, qui le prend sous contrat d’exclusivité de 1926 à 1933. Il intègre, à la demande de Louis Süe, dès sa création en 1919, La Compagnie des arts français. Il participe à l’aménagement de l’hôtel parisien de Jean Patou (1923), de la villa de Jane Renouardt à Saint-Cloud (1924-1925) et décore la salle à manger de Mme Jacques Edeline (1925) à Biarritz.
Une rétrospective de ses œuvres organisée en novembre et décembre 1926 aux Anderson Galleries à New York, suivi en 1927 d’une exposition de ses peintures au musée d'art de Baltimore, est pour lui l’occasion de ses premiers voyages aux États-Unis. Il s’y rend désormais chaque année et devient un portraitiste demandé par la bonne société américaine. Ses modèles ont alors pour nom Frick, du Pont, Vanderbilt, etc. Le krach boursier de 1929, et l’annulation de plusieurs commandes de portraits, sont pour lui l’occasion de peindre librement une série de paysages de New York, dans lesquels il s’attache à saisir la modernité froide et déshumanisée d’une ville en construction. Réalisée entre abstraction et réalisme photographique, cette partie de l’œuvre de Bernard Boutet de Monvel, à laquelle il faut ajouter plusieurs vues d’une aciérie de Chicago qu’il exécute en 1928, fait de lui l’égal de figures majeures du mouvement précisionniste, telles Charles Sheeler.
En 1934, il expose à la galerie Wildenstein de New York les portraits du Maharadjah et de la Maharane d’Indore en costumes de cour. En 1936, tandis qu’il se fait construire à Palm Beach par Maurice Fatio un pavillon octogonal appelé « La folie Monvel », il entreprend une série de portraits de profil dont les figures les plus emblématiques sont celles de Lady Charles Mendl (193636) et du marquis de Cuevas (1938).
De retour à Paris lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il choisit de ne pas quitter la France et travaille à une série de représentations des Bouquinistes des quais de la Seine.
En novembre 1946, tandis qu’il est de retour à New York, la galerie Wildenstein lui propose d’organiser une exposition « Profiles - Bernard Boutet de Monvel », qui se tient finalement un an plus tard à la Knoedler Galleries. Bernard Boutet de Monvel reprend alors l’habitude de se rendre aux États-Unis pour y peindre des portraits, comme celui de Millicent Rogers (1949). Il décède lors d’un de ces voyages entre Paris et New York, le 28 octobre 1949, dans l'écrasement du vol Paris-New York sur l'île de São Miguel aux Açores.