Allégorie de l'Amérique

Allégorie de l'Amérique

Allégorie de l'Amérique

Partager
Origine et date: 
fin XVIIIème-début XIXème siècle
Artiste(s): 

Cette sculpture en terre cuite représentant une indienne d’Amérique du Nord, est une pièce à la fois rare et particulièrement intéressante. En effet, elle incarne l’allégorie américaine par excellence, typique du XVIIIème siècle. Tenant une corne d’abondance, un reptile à ses pieds, et appuyée sur des ballots, elle réunit tous les attributs du Nouveau Monde.

En effet, dès 1564, un tableau intitulé «Le Théâtre du Monde» représentait l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique dans le costume de quatre impératrices. Dès lors, les quatre parties du monde connurent une longue carrière dans les arts grâce à l'apparition de la jeune Amérique. Au nombre de quatre, les parties du monde participaient facilement à une esthétique décorative : en séries peintes, gravées, sculptées, brodées, tissées ou imprimées; en décor de plafond, de dessus de porte, de boiserie, de porcelaine, d'orfèvrerie, en spectacles où elles excellaient par l'exotisme de leurs costumes.

A partir de 1570, l’Amérique est présente dans l'allégorie des continents aux frontispices des atlas, des albums de costumes, des livres d'histoire naturelle et de pharmacopée, sur les cartouches des cartes de géographie, sur les décors des fêtes et dans les séries ornementales. Elle est représentée comme une jeune femme nue, parée d'une longue chevelure flottante ou relevée en chignon, d'un diadème ou d'un bonnet de plumes, de perles, de pierres ou de grains d'or, et armer d'une javeline, d'un arc et de flèches.

Dès le XVIIème siècle, la France ne retient que certains éléments constitutifs de l’exotisme que l’on veut alors conférer à ce monde lointain qu’est l’Amérique du Nord, aussi intriguant qu’effrayant. La volonté d’exhiber l’Indien et ses moeurs saisis sur le vif est largement entamée par une vision européo-centrée avec des normes et des canons hérités de la Renaissance italienne ou française, et consacrés par l’Iconologie de Cesare Ripa.

Ce dernier la dépeint comme une femme au teint olivâtre, au corps nu à peine couvert d'une écharpe de plumes, coiffée de plumes étranges, tenant d'une main une flèche et de l'autre un arc, portant un carquois au côté. A ses pieds, une tête humaine arrachée de son corps et percée d'une flèche est placée à côté d'un alligator ou d’un lézard.

Au XVIIIème siècle, alors que les économies des empires français et britanniques se renforcent, l'Amérique est admirée pour ses richesses. Elle n'est plus la sauvage nue mais porte une jupe de plumes. Souvent armée, elle pose avec des gestes étudiés dans des compositions décoratives, parée de bijoux. Si cette figure est très fréquente dans les arts décoratifs (pendules et cartels, objets décoratifs ou surtouts de table, tapisseries, tissus d’ameublement) et les estampes du siècle des Lumières, en revanche il est bien plus rare de la rencontrer dans le domaine de la sculpture, notamment en grandeur nature comme c’est le cas ici.